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Faire son site gratuitement : ce que ça coûte vraiment

J'ai monté un site gratuit pour une association. Il a très bien fonctionné pendant deux ans. Puis nous avons voulu le déménager, et j'ai compris ce que le mot gratuit couvrait exactement.

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Par Aurélie Ducasteaux · 3 septembre 2026

Les trois familles de « gratuit »

Elles n'ont pas le même modèle économique, donc pas les mêmes conséquences.

Le formule gratuite d'un éditeur commercial. Un constructeur de site en ligne vous laisse publier sans payer, avec des limitations : une adresse en sous-domaine du service, une bannière publicitaire, un espace de stockage réduit, pas de vente en ligne. Le gratuit est un produit d'appel, calibré pour devenir insuffisant.

Le logiciel libre installé chez soi. Le logiciel ne coûte rien ; l'hébergement, le nom de domaine et le temps de mise en place coûtent. C'est un autre sens du mot gratuit, et il est plus honnête.

Les dispositifs d'accompagnement. Des programmes publics ou consulaires proposent régulièrement des aides ou des accompagnements pour la présence en ligne des petites entreprises. Ils existent, ils changent souvent de forme et de conditions, et ils se vérifient auprès de votre chambre de commerce ou de métiers plutôt que sur une page qui date de trois ans.

Ce qui est réellement gratuit, et ce qui ne l'est pas

Faisons la liste des postes d'un site, et regardons lesquels une offre gratuite couvre.

Le logiciel et l'hébergement de base, oui, dans les formules gratuites des éditeurs.

Le nom de domaine, non. Une adresse en `monentreprise.editeur.com` est gratuite ; `monentreprise.fr` coûte entre dix et vingt euros par an, et il est indispensable dès qu'on a une activité professionnelle. C'est aussi ce que vous emportez si vous partez, à condition qu'il soit à votre nom.

Le certificat de sécurité, oui, il est fourni partout aujourd'hui et il ne se facture plus.

Les contenus, non. C'est le poste le plus lourd d'un site, et aucune offre ne l'inclut. Dix pages représentent entre huit et quinze mille mots.

Les photographies, non. Les images fournies avec les modèles sont des images de banque, utilisées par des milliers d'autres sites.

Le temps, non, et c'est le vrai coût. Compter trente à soixante heures pour monter un site vitrine correct soi-même la première fois, en incluant la rédaction. À vos propres tarifs, faites le calcul avant de conclure que c'est gratuit.

Les limitations qui font passer à l'offre payante

Elles sont calibrées, et elles arrivent à peu près dans cet ordre.

Le nom de domaine personnalisé. C'est presque toujours la première fonction payante, parce que c'est celle dont on a besoin en premier.

La suppression de la publicité de l'éditeur. Une bannière sur le site d'une entreprise fait mauvais effet, et l'éditeur le sait.

L'espace de stockage et la bande passante. Deux ou trois pages avec des photographies suffisent à dépasser une limite basse.

La vente en ligne. Aucune offre gratuite ne permet d'encaisser.

Les statistiques et les outils de mesure. Souvent réservés aux formules payantes.

L'accès aux fichiers. C'est celui qui compte le plus et dont on parle le moins. Sur beaucoup d'offres, y compris payantes, vous n'avez pas accès au code, ni à la base de données, ni à une sauvegarde exploitable ailleurs.

Le vrai coût : ce qu'on ne peut pas emporter

C'est le point que j'ai découvert au moment de déménager le site de l'association.

Sur un constructeur en ligne propriétaire, votre site est fait de blocs qui n'existent que chez cet éditeur. Il n'y a pas de fichier à récupérer, pas de format d'export standard. Ce que vous pouvez sortir, c'est le texte, souvent en copiant-collant page par page, et parfois les images.

Trois choses restent en général récupérables si vous vous en occupez : le nom de domaine, s'il est déposé à votre nom ; les textes, à la main ; et les images, si vous avez gardé les originaux.

Trois choses ne le sont pas : la mise en page, la structure des adresses, et le référencement acquis. Refaire un site avec des adresses différentes sans redirections fait disparaître les positions gagnées, et c'est un travail à part entière.

Ce n'est pas de l'enfermement malveillant, c'est le modèle. Il faut simplement le savoir avant, parce que la décision de départ engage sur plusieurs années.

Ce que le gratuit coûte en visibilité

Deux effets, l'un mesurable et l'autre pas.

Le premier est mesurable : une adresse en sous-domaine partagé ne construit rien pour vous. Tout ce que vous gagnez en notoriété profite au domaine de l'éditeur. Le jour où vous prenez votre propre nom de domaine, vous repartez de zéro.

Le second l'est moins : l'effet sur la personne qui regarde. Une adresse en sous-domaine et une bannière publicitaire donnent le signal d'une activité qui n'a pas investi dix euros dans son adresse. Pour un projet personnel, aucune importance. Pour une entreprise qui demande à des clients de lui faire confiance, ce n'est pas neutre.

Les cas où le gratuit est le bon choix

Il y en a, et il faut le dire clairement, parce que la réponse « payez » n'est pas toujours la bonne.

Tester une idée. Avant d'investir dans un projet dont on ne sait pas s'il tiendra, une page gratuite valide l'intérêt en une soirée.

Une association, un club, un événement ponctuel. Le budget est nul, le besoin est réel, et l'enjeu de propriété est faible.

Une page pendant les travaux. En attendant le vrai site, une page avec les coordonnées vaut mieux que rien.

Un site personnel. Un portfolio, un blog, une page de présentation.

Dans tous ces cas, une précaution suffit à préserver l'avenir : prendre le nom de domaine tout de suite, à votre nom, même si le site reste sur une offre gratuite. Dix euros par an, et le jour où vous déménagez, votre adresse vous suit.

Ce que je ferais avec cent euros par an

C'est la question utile, parce que l'alternative au gratuit n'est pas forcément un projet à cinq mille euros.

Le nom de domaine, dix à vingt euros par an. Un hébergement mutualisé chez un hébergeur, trente à soixante euros par an. Un logiciel libre installé dessus, gratuit. Un thème correct, gratuit ou une trentaine d'euros une fois.

Cela donne un site que vous possédez entièrement, dont vous pouvez faire une sauvegarde complète, que vous pouvez déménager chez un autre hébergeur en une journée, et sur lequel vous pouvez mesurer ce que vous voulez.

Ce que cela demande en échange : quelques heures d'apprentissage au départ, et une demi-heure par mois pour les mises à jour de sécurité. Cette demi-heure n'est pas optionnelle, et c'est la vraie différence entre les deux modèles : sur une offre hébergée, l'éditeur s'occupe des mises à jour ; chez vous, c'est vous.

Les coûts qui apparaissent en deuxième année

Le piège n'est pas le prix de départ, c'est la marche de la deuxième année. Voici ce qui apparaît, dans l'ordre où je l'ai vu apparaître.

Le renouvellement du nom de domaine. Souvent offert la première année, facturé ensuite, parfois plus cher que chez un registraire classique.

L'abonnement, à son tarif normal. Les offres promotionnelles de première année sont courantes, avec un tarif qui double ou triple ensuite. Le prix affiché sur la page de vente est presque toujours le prix mensuel d'un engagement annuel payé d'avance.

Le dépassement de quota. Espace de stockage, nombre de pages, nombre de produits, volume de courriels envoyés. Ces plafonds sont calibrés pour être atteints.

Les extensions payantes. Une prise de rendez-vous, un formulaire un peu complexe, une galerie, un module de réservation : chacun est un abonnement mensuel supplémentaire.

Les mises à jour de contenu. Si vous ne les faites pas vous-même, elles se facturent à l'heure, et c'est le poste le plus sous-estimé de tous.

Additionnés, ces postes transforment régulièrement un site « à 15 euros par mois » en une charge annuelle de plusieurs centaines d'euros. Ce n'est pas cher pour un outil de travail. Cela mérite simplement d'être su avant, et pas découvert au premier renouvellement.

La question de la sauvegarde, qui décide de tout

C'est le critère que j'utilise maintenant pour trancher entre deux offres, avant même le prix.

Pouvez-vous produire, aujourd'hui, une sauvegarde complète de votre site que quelqu'un d'autre pourrait remonter ailleurs ?

Sur un hébergement classique avec un logiciel libre, la réponse est oui : les fichiers et la base de données se téléchargent, et un autre hébergeur les remonte en une journée.

Sur la plupart des constructeurs en ligne propriétaires, la réponse est non. Il existe parfois un export, mais il produit un fichier dans un format que seul cet éditeur lit. Appelez cela une copie de secours interne, pas une sauvegarde.

La différence ne se voit pas tant que tout va bien. Elle se voit le jour où l'éditeur change ses conditions, augmente fortement ses tarifs, ferme un service, ou suspend un compte à la suite d'un litige de paiement. Ce jour-là, la question n'est plus « combien ça coûte » mais « qu'est-ce que je récupère ».

Questions fréquentes

Peut-on avoir un site professionnel entièrement gratuit ?

Publier gratuitement, oui. Avoir une adresse à votre nom, non : un nom de domaine coûte une dizaine d'euros par an et c'est le minimum absolu pour une activité professionnelle. Sans lui, tout ce que vous construisez profite au domaine de l'éditeur et disparaît le jour où vous partez.

Que se passe-t-il si je veux quitter un constructeur de site en ligne ?

Vous emportez le nom de domaine s'il est à votre nom, vos textes en les recopiant, et vos images si vous avez les originaux. Vous n'emportez ni la mise en page, ni la structure des adresses, ni le référencement, qui se reconstruit avec des redirections depuis les anciennes adresses. Prévoyez ce travail : c'est un projet, pas une manipulation.

Un site fait avec un outil gratuit se référence-t-il bien ?

L'outil compte moins que le contenu et l'adresse. Une page bien écrite sur un sous-domaine partagé peut se positionner ; ce qu'elle ne fait pas, c'est construire la réputation de votre domaine à vous, puisqu'il n'existe pas. Le frein technique est en général la lenteur des formules gratuites, qui pèse sur l'expérience réelle des visiteurs.

Combien de temps faut-il pour faire son site soi-même ?

Trente à soixante heures pour un site vitrine correct la première fois, rédaction comprise, et c'est la rédaction qui domine. Les gens sous-estiment systématiquement ce poste, et c'est la raison pour laquelle tant de sites d'entreprise restent bloqués sur trois pages depuis deux ans.

Vérifier ce que vous avez retenu sur les sites gratuits

Cinq questions sur ce que le mot gratuit recouvre exactement. Rien n’est enregistré et rien n’est envoyé : les réponses restent dans votre navigateur.

  1. Quelle est la première fonction que les offres gratuites rendent payante ?

  2. Que peut-on emporter en quittant un constructeur de site propriétaire ?

  3. Quel critère permet de trancher entre deux offres avant même le prix ?

  4. Combien de temps compter pour monter soi-même un site vitrine correct la première fois ?

  5. Quelle précaution préserve l'avenir même en restant sur une offre gratuite ?

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