Résolution d’impression : pixels, centimètres et points par pouce
« Il me faut du 300 dpi. » C’est la phrase qu’on entend, et c’est une règle de petit format appliquée à tout, y compris à une bâche de six mètres où elle n’a aucun sens.
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Par Jean-Marc Vidalou · mis à jour le 3 septembre 2026
Une seule relation, trois façons de la lire
Un pouce vaut 25,4 millimètres, exactement, depuis l’accord international de 1959. La résolution d’impression se compte en pixels par pouce, ce que l’on écrit ppp en français et dpi en anglais. La relation est donc :
pixels = millimètres ÷ 25,4 × résolution
Rien d’autre. Selon le terme qui manque, on la lit dans un sens ou dans l’autre. Une image de 4 000 pixels de large imprimée à 300 ppp fait 4 000 ÷ 300 × 25,4 = 338,7 mm, soit 33,9 cm. La même image sur 15 cm de large sort à 677 ppp, ce qui ne sert à rien mais ne gêne pas. Sur 80 cm, elle sort à 127 ppp, et là, ça se voit.
D’où vient le chiffre de 300, et pourquoi il n’est pas une norme
L’offset quadrichromie ne dépose pas de la couleur continue : il dépose des points de trame. La finesse de cette trame s’appelle la linéature, comptée en lignes par pouce. Un travail courant sur papier couché se trame à 150 lignes par pouce ; du journal descend à 85 ou 100, une édition d’art peut monter à 200.
L’usage professionnel veut qu’on fournisse une image à environ deux fois la linéature. À 150 lpi, cela fait 300 ppp. Le chiffre ne sort pas d’une norme : il sort d’un facteur de qualité appliqué à la trame de la machine qui va imprimer. Sur un travail tramé à 85 lignes, 170 ppp suffisent, et fournir du 300 n’apporte rien qu’un fichier quatre fois plus lourd.
Le grand format change complètement la règle
Une bâche de six mètres se regarde à quinze mètres. Une affiche 4 × 3 se lit depuis un trottoir d’en face. L’œil ne distingue pas les mêmes détails à quinze mètres qu’à trente centimètres, et exiger 300 ppp sur une bâche produit un fichier de plusieurs gigaoctets que personne ne peut ouvrir, pour un résultat identique.
Les ordres de grandeur que j’applique en atelier, et qui valent ce que valent des usages :
| Support | Distance de lecture | Résolution utile |
|---|---|---|
| Carte de visite, flyer, brochure | 30 à 50 cm | 300 ppp |
| Affiche A2 en vitrine | 1 à 2 m | 150 à 200 ppp |
| Kakémono, roll-up | 1 à 3 m | 120 à 150 ppp |
| Panneau de chantier | 5 à 10 m | 72 à 100 ppp |
| Bâche de façade, 4 × 3 | 15 m et plus | 25 à 50 ppp |
Ce sont des repères d’atelier, pas des valeurs normalisées. En cas de doute sur une grande pièce, la question à poser à l’imprimeur est : « à quelle résolution votre machine sort ce support, et à quelle échelle dois-je fournir ». Certains ateliers grand format demandent un fichier au dixième de la taille finale, ce qui règle la question autrement.
Agrandir n’ajoute aucun détail
Un logiciel qui propose d’« augmenter la résolution » d’une image ne récupère rien : il fabrique des pixels intermédiaires en interpolant les voisins. Le fichier grossit, la netteté ne revient pas, et sur un aplat de couleur ou un texte fin le résultat est pire que l’original parce que l’interpolation lisse les bords nets.
Les outils récents à base d’apprentissage font mieux sur une photo — ils inventent une texture plausible — mais ils inventent, littéralement. Sur une photo de paysage destinée à un fond, cela passe. Sur un logo, sur une capture de document, sur un visage identifiable, cela ne passe pas.
La seule réponse à une image trop petite est de retourner à la source : le fichier original de l’appareil, le fichier vectoriel du logo, ou une nouvelle prise de vue.
Le cas du logo, qui n’a pas de résolution
Un fichier vectoriel n’est pas fait de pixels : il décrit des courbes. Il n’a donc pas de résolution et s’agrandit à l’infini sans perte. Un logo doit exister sous cette forme, en EPS, en PDF vectoriel ou en SVG.
Quand un logo n’arrive qu’en PNG de 400 pixels tiré d’un site internet, il n’y a pas de solution propre : il faut le redessiner. C’est un travail de quelques heures qui aurait coûté zéro s’il avait été livré correctement le jour de sa création, et c’est la raison pour laquelle la liste des fichiers à exiger fait partie du contrat, pas des bonnes intentions.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre dpi et ppp ?
Aucune dans l’usage courant : ppp est la traduction française de dpi, points par pouce. En toute rigueur, le dpi décrit les gouttes qu’une imprimante dépose et le ppi les pixels d’une image, et une imprimante jet d’encre annonce couramment 1 200 dpi pour restituer une image à 300 ppi. Dans une conversation avec un imprimeur, les deux mots désignent la même chose.
Mon téléphone fait 12 mégapixels : est-ce assez pour une affiche ?
Douze mégapixels, c’est environ 4 000 × 3 000 pixels. À 300 ppp, cela couvre 34 × 25 cm, donc un A4 largement et un A3 de justesse. Pour un A1 lu à deux mètres, 150 ppp suffisent et la même image couvre 68 × 51 cm : c’est suffisant. Le problème d’une photo de téléphone en grand format est rarement la définition, c’est le bruit dans les ombres et la compression.
Faut-il fournir un fichier en 300 ppp pour le web ?
Non, cette valeur n’a aucun sens sur un écran. Une image web se dimensionne en pixels, en fonction de la place qu’elle occupe et de la densité de l’écran. La métadonnée de résolution inscrite dans le fichier est simplement ignorée par le navigateur.
Pourquoi mon imprimeur accepte-t-il un fichier à 150 ppp sur un kakémono ?
Parce qu’un kakémono se lit à plus d’un mètre et qu’il est imprimé sur une machine grand format dont la trame est bien plus grossière qu’une presse offset. À cette distance, l’œil ne sépare plus les détails que 300 ppp permettraient. Le fichier serait quatre fois plus lourd pour un résultat identique.
Pour aller plus loin
Les pages du site qui traitent au fond ce que l’outil calcule.